noeud plat

 

Lorsque le marin veut abouter deux morceaux de corde, il fait un nœud, dit nœud-plat. C’est là probablement l’une des toutes premières formes d’entrelacs.

L’entrelac est en effet un motif composé de lignes qui se coupent et se recoupent - qui s’entrelacent - dans des compositions qui s’avèrent rapidement très complexes. Au-delà des premières formes basiques, elles font appel, pour leur construction, à des compétences très pointues qui font le bonheur des mathématiciens (1)... Conséquence logique, des développeurs ont programmé des applications qui permettent de créer des entrelacs de manière très rigoureuse. (2)

 source image noeud plat

Mais reprenons le fil au commencement...

Les premières formes d’entrelacs se rencontrent bien avant l’époque chrétienne. Ils seraient le prolongement de motifs beaucoup plus anciens, comme la spirale ou le demi-cercle qui recouvre par exemple les parois du tumulus de Gavrinis en Bretagne (3). Des tresses ont été trouvées sur des fourreaux d’épée datant de plusieurs siècles avant JC. triquetra

L’un des plus anciens motifs est le triquetra ou monade. Il s’agit d’un motif à trois pointes symbolisant - pour sa version chrétienne - le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais ce motif et son interprétation seraient une « récupération » d’un motif celtique antérieur qui symboliserait le dieu « Lug sous ses deux aspects qui sont Ogme (côté sombre) et le Dagda (Côté lumineux) » (4). il est à noter, que de nombreuses traditions préchrétiennes, parmi lesquelles le Druidisme, refusent la représentation anthropomorphique de Dieu. La représentation figurative se trouve remplacée par une représentation symbolique, ici l’entrelac. (Il est intéressant de rapprocher cette démarche de l’Islam et ses arabesques.)

Par la suite, les entrelacs auraient donc été christianisés. Un exemple, pas le plus ancien mais le plus connu, est le livre de Kells. Ce manuscrit irlandais du VIIIème siècle, copie entre autres des quatre évangiles, est admiré pour ses magnifiques illustrations.

   livre de Kells    Source image Livre de Kells

Les entrelacs, par leurs infinis méandres, rappellent le labyrinthe. Ils sont la déambulation laborieuse de l’être dans sa quête d’absolu. La notion de chemin appelle celle de mouvement. Or, ces boucles, en revenant toujours sur elles-mêmes, évoquent l’ouroboros, le serpent qui se mord la queue. Ce qui nous mène à la notion de cycle, de respiration. Ils sont associés aux mouvements de l’air, au flux et reflux de la mer, deux éléments majeurs de l’Irlande, terre de prédilection des entrelacs. Enfin, les tracés qui se croisent, se nouent et se dénouent évoquent la tapisserie de la vie, l’image du monde dans sa globalité composé des fils entrelacés de tous les destins individuels.

DürerComme les arabesques, les entrelacs ne peuvent être systématiquement assimilés à des mandalas, n’étant pas obligatoirement centrés. La technique d’entrelacement s’est prêtée à de multiples variations ornementales, lettrines, figures animales, végétales, etc., épousant la forme de leur support figuratif. Par contre, des formes centrées, outre celles du type monade, se rencontrent, à la renaissance, dans les travaux de Léonard de Vinci et d’Albrecht Dürer, tous deux passionnés par cette forme graphique.

source image Albrecht Dûrer
in Arabesques - Panneaux décoratifs de la renaissance
L'Aventurine - 1995

 

détail robe de la Joconde
Motif d'entrelacs sur la robe de Mona Lisa
imagela Joconde
Léonard de Vinci

 


(1) - définition mathématique sur Mathcurve.com ou l'Université Libre de Bruxelles .
(2) - Knotsbag , logiciel de dessin vectoriel basé sur des graphes par G. Bousquet ou l'éditeur d'entrelacs en ligne par D. Legland.
(3) -  Voir sur le site du ministère de la Culture l'article sur Gavrinis .
(4) - Source: L'Arbre Celtique .
A voir:
  •  Entrelacs.net : Le site de C Mercat. LA ressource en matière d'entrelacs. et en particulier LE tutoriel pour apprendre à dessiner les entrelacs.
entrelacs