labyrinthe de jardinfleche Labyrinthe végétal, St-Louis Botanical Gardens (St-Louis, Missouri - June 2003)

 

Extrait du livre de Pierre Boitard (1789-1859).

L'art de composer et décorer les jardins. 1846.

 source article Gallica

"Le labyrinthe

Cette composition était tellement à la mode autrefois qu'on ne trouvait pas un jardin un peu important sans qu'il y eut le labyrinthe obligé.

 

Son mérite consiste à offrir une promenade dont les allées sont tellement disposées, que le promeneur s'y égare facilement et de manière à ne pas pouvoir se retrouver pour en sortir. Beaucoup d'architectes de jardin sont tombés dans un écueil en traçant des chemins mêlés, entrecroisés de mille manières pour former ce genre de composition. Le promeneur cherche un objet piquant qu'il sait être dans le labyrinthe, il s'y enfonce dans l'espérance de le trouver, et il en parcourt les sinuosités avec plaisir, sans fatigue, jusqu'à ce qu'il ait trouvé l'objet qu'il cherchait, mais lorsque sa curiosité est entièrement satisfaite, qu'il sait par cœur votre labyrinthe sans cependant en connaître les issues, il désire voir d'autres objets, et s'il est forcé de se promener longtemps avant de pouvoir satisfaire sa nouvelle fantaisie, s'il est obligé de tourner et retourner vingt fois sur ses pas, l'impatience viendra, puis l'ennui, puis le dégoût, et vous aurez manqué votre but, celui de plaire, parce que vous l'aurez outrepassé. Arrangez donc vos plantations de manière à exciter son impatience pendant que durera le désir: mais celui-ci une fois satisfait, montrez-lui le fil d'Ariane. Imitez le manège d'une femme qui connaît le cœur des hommes, et qui veut conserver un amant.

 

Les anciens, qui ne voyaient partout que la symétrie, avaient trouvé le moyen d'y soumettre jusqu'au labyrinthe, comme on peut le voir par le plan de celui des jardins de Versailles, pl.17. Les statues d'Ésope et de l'Amour en décoraient l'entrée, sans doute parce qu'Ésope était, selon le dicton vulgaire, un grand devineur d'énigmes, et parce que rien n'égare plus que l'Amour. Soit dit en passant, ces prétentieuses niaiseries prouvent assez le mauvais goût de nos ancêtres, qu'il faut bien se garder d'imiter sous ce rapport, car rien ne découvre mieux le manque d'esprit que cette ardeur d'en montrer en toute occasion.

 

Le labyrinthe offrait à chaque embranchement de route une fontaine d'une architecture plus ou moins élégante, ce qui ne laissait pas que d'augmenter la monotonie de la composition, et , ce qui était mieux, un numéro d'ordre de chacune. Au moyen de ce numéro, on se retrouvait et on sortait quand on était ennuyé de marcher sans objet.laqueu

 

Les modernes ont aussi fait des labyrinthes, et la plupart ont imité celui du jardin des Plantes (pl.4.a), en colimaçon. Les paysagistes exclusifs le rejettent de leurs composition, mais le plus grand nombre motive si mal les flexuosités des allées, qu'on ne peut expliquer ces courbes inutiles que par l'intention d'en former un labyrinthe. Les Chinois, surtout, donnent dans ce mauvais goût, comme on peut en juger par la planche 17, représentant un jardin des environs de Pékin.

 

On emploie, pour la plantation des labyrinthes, des arbres et des arbrisseaux parce qu'il peut figurer également bien dans une forêt, un bois, ou un bosquet. »

(pages 84-86)

 


Note: Les planches citées dans l'article ne sont pas disponibles au moment de la mise en ligne de cet article.


Ci-contre: Lequeu, Jean Jacques (1757-1826)
15 tracés de jardins : bosquets, serres, jardins
 Titre document: ébauche d'un labyrinthe
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