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Jung

CG Jung En 1913, C.G.Jung ne sait rien encore des mandalas, de leur universalité. Perturbé par sa rupture avec Freud, il commence une "traversée du désert" qui durera trois ans. Presque totalement retiré du monde, il suit un chemin intérieur qui le mettra sur la voie d'une découverte essentielle: A la fin de cette période, "J'esquissais dans un carnet un petit dessin en forme de rond (...) qui semblait correspondre à ma situation intérieure. En m'appuyant sur ces images, je pouvais observer, jour après jour, les transformations psychiques qui s'opéraient en moi..." (1) Plus tard, observant des créations similaires chez ses patients, Jung pressent que ce dessin circulaire "représenterait la totalité de l'âme, conscience et inconscient, que le centre indiquerait l'existence d'une instance plus vaste que le moi, fondatrice de la vie psychique, instigatrice de son développement et de son plein acomplissement." (2) C'est ce qu'il appellera le Soi. Il découvrira plus tard, en 1928, avec un texte taoïste traditionnel, le Mystère de la fleur d'or, la confirmation de ses intuitions. Il comprendra que recherche scientifique et tradition millénaire peuvent aboutir aux mêmes conclusions; deux apporches différentes pour une même réalité: le mandala. "Le mandala sous ses formes "brutes" (rêvées, imaginées, inventées), ou traditionnelles (canoniques, imposées) exprime et accomplit en même temps la médiation entre les polarités, la résolution cyclique du désésquilibre entre les extrêmes, le recentrement de l'énergie psychique sur le Soi."(3) Jung distinge donc les mandalas traditionnels, au symbolisme culturel et imposé, des mandalas individuels qui expriment l'état psychologique de l'individu à un moment donné. Leur apparition n'est pas fortuite et le psychologue suisse leur pressent deux fonctions principales: conserver l'ordre psychique s'il existe déjà; le rétablir s'il a disparu.

 

1.Jung. Ma Vie,Gallimard,p227
2.Collectif.Tibet la Roue du temps-pratique du mandala. Actes Sud p.76
3.ibid.p.77

 fleur d'or

source image Illustration: la fleur d'or - représentation de l'archétype du soi.

 

Le processus d'individuation est un cheminement par lequel tout individu est amené à réaliser ses potentialités, à révéler sa singularité. Marie-Louise von Franz l'exprime ainsi: "la graine du sapin contient en germe tout l'arbre à venir sous une forme latente."(1) Le processus d'individuation est donc ce parcours qui permet à chacun de devenir réellement ce qu'il est en potentialité. C'est "un processus de croissance et de maturation" (1), naturel et involontaire.

Cette lente prise de conscience de son individualité par la mise au jour de ses aspirations profondes ne doit pas être confondu avec la réalisation des désirs du Moi, balloté par ses projections, ses frustrations ou ses rêves matériels. Le processus d'individuation se construit par l'attention portée au Soi. "On peut considérer le Soi comme un guide intérieur qui est distinct de la personnalité consciente, et qu'on ne peut saisir qu'à travers l'analyse de ses propres rêves." (1) Selon les peuples, les époques ou les personnes, il est perçu sous de multiples formes: "une petite voix intérieure", "le Grand Homme", un ange gardien, ...

Si le Moi suit ses propres impulsions, le processus peut ne pas se réaliser pleinement. A contrario, l'écoute du Soi peut "contribuer à la réalisation de la totalité de la psyché".(1) L'individuation est donc "un processus par lequel l'homme réalise une nature humaine innée."(1) C'est pourquoi, "Il est nécessaire de renoncer aux projets utilitaires qu'engendre notre esprit conscient pour permettre à notre être intérieur de s'épanouir." (1)

Quelle est la place du mandala dans le processus d'individuation?

Pour Jung, "le mandala est le symbole de l'individuation." (2)

Il est un chemin vers le centre tout autant qu'il l'exprime. "Il est l'expression de tous les cheminements ; il est sente qui mène vers le milieu, vers l'individuation."(3)

Le mandala montre un but tout en proposant un moyen.

Le but: "Comme on le sait, l'inconscient produit au cours de la confrontation dialectique certaines représentations du but. (...) Il s'agit surtout de figures à caractère de mandala, c'est-à-dire du cercle et de la quaternité. Ce sont là deux formes par lesquelles la représentation du but se trouve le plus fréquemment et le plus nettement caractérisée." (4)

Le moyen car au début de l'ouvrage cité, Jung écrit : "l'expérience enseigne que le "cercle magique", le mandala, est l'antidote utilisée de toute antiquité dans les états d'esprits cahotiques." (5)

Dans le processus d'individuation, le mandala représente un cheminement qui nous mène vers le centre, et dans les inévitables périodes d'errements, il nous permet de progressivement retrouver la voie vers le Soi.

 

individuation - image ReFNotes:

1. Le processus d'individuation - M-L von Franz - "l'homme et ses symboles" sous la direction de C.J.Jung - Robert Laffont - p160 et suivantes.

2. Jung - La réalité de l'âme, p.154

3. Jung - Ma Vie, p.228

4. Jung - La réalité de l'âme, p.873

5. op.cit p.12

 

 


 

bibliographie

Ouvrages de C.J.Jung en relation avec cet article:

L'homme et ses symboles - Robert Laffont

Psychologie et orientalisme - Albin Michel

Commentaire sur le mystère de la fleur d'or - Spiritualités vivantes


 

webographie

 Wikipedia:

Selfway


 

Citations de C.G. Jung concernant les mandalas

L'expérience enseigne que le "cercle magique", le mandala, est l'antidote utilisée de toute antiquité dans les états d'esprit cahotiques"

CG Jung, La réalité de l'âme - La Pochothèque, p.127


« Le mandala est le symbole de l'individuation »

CG Jung, La réalité de l'âme - La Pochothèque, p.154


 "Comme le vieux de notre apologue, ils vont dessiner des mandalas, entrer en eux-mêmes dans le cercle tutélaire de ceux-ci et, dans la perplexité et la détresse, dans cette prison qu'ils ont eux-mêmes choisie en croyant que c'était un refuge, ils seront transformés en êtres dont la nature s'apparente au divin. Les mandalas sont des lieux de naissance, à très proprement parler des coquilles natales, des lotus où prend naissance un Bouddha. Assis en lotus, le yogin se voit transformé en une figure d'immortel."

CG Jung, La réalité de l'âme - La Pochothèque, pp.658 & 659


 "Comme on le sait, l'inconscient produit au cours de la confrontation dialectique certaines représentations du but (...) Il s'agit surtout de figures à caractère de mandala, c'est à dire du cercle et de la quaternité. Ce sont là deux formes par lesquelles la représentation du but se trouve le plus fréquemment et le plus nettement caractérisée.

CG Jung, La réalité de l'âme - La Pochothèque, p873


(Les mandalas) « Leur motif de base est l'intuition d'un centre de la personnalité, pour ainsi dire d'un point central à l'intérieur de l'âme, à quoi tout se rapporte, par lequel tout est ordonné, et qui représente en même temps une source d'énergie. L'énergie du centre se manifeste dans le besoin contraignant, presque irrésistible, de devenir ce que l'on est à la manière dont tout organisme doit à tout prix parvenir, au moins approximativement, à la forme qui correspond à son être. »

CG Jung, Psychologie et orientalisme - Albin Michel, p.69