Chacun peut remarquer tout au long de l'année le goût particulier de la plupart des enfants pour certaines activités. Ainsi, à l'approche de Noël, pliant et découpant, ils répètent à l'envi les mêmes gestes pour créer étoiles ou flocons de neige. Plus tard, avec la découverte du compas, s'observe le même engouement pour la réalisation et la décoration de rosaces. Cette motivation se retrouve encore à la fin du cycle3 lors d'activités mathématiques de rotation de figure ou de symétrie centrale.
    Les enseignant(e)s de maternelle constatent le même intérêt soutenu des petits lors d'activités de graphisme telles que l'animation de surface autour d'une gommette centrale, évoquant roue, soleil ou fleur... Cependant, dans leur esprit, ce type d'activité semble se limiter à l'aspect décoratif ("C'est joli", "Ca rend bien") ou pratique ("Ils maîtrisent mieux leur geste").
    Pourtant, les recherches en psychologie nous démontrent que toute action  peut trouver sa justification consciente ou inconsciente. La question se pose donc de connaître l'apport pour l'enfant de telles représentations. 
    Corollairement, nous observons que ces créations trouvent un écho dans l'espace (d'autres cultures), dans le temps  (notre histoire, celle des civilisations), dans le sacré comme dans le profane...

RAPIDE SURVOL...

    La rosace tracée au compas par l'élève renvoie immédiatement, par définition, aux roses médiévales des cathédrales. Magnifiques découpages de pierre qui apportent "clarté dans les ténèbres"(1), elles symbolisent à la fois la globalité de l'univers et l'épanouissement de l'âme. rosace Amiens
    Les  innovations architecturales du gothique illustrent l'application de nouveaux savoirs  rapportés d'orient par les croisés du Moyen-Age. Mathématiques,  philosophie, les chevaliers occidentaux découvrent aussi  l'art islamique qui par crainte d'idolâtrie, interdit toute figuration, humaine ou animale. La représentation se déploie alors en de délicates géométries, librement inspirées de motifs floraux: "Le grand secret de l'ornement arabe, c'est l'arabesque. On peut y dicerner deux éléments fixes; d'un côté, l'interprétation de la flore, feuille et tige surtout, de l'autre, l'exploitation idéale de la ligne. Deux principes, le premier d'apparente fantaisie, le deuxième de stricte géométrie." (2)
    Ce déploiement infini de la ligne se retrouve sous une autre forme dans la cathédrale: le labyrinthe. Celui-ci, tracé sur le sol de la nef constitue un substitut du pélerinage en terre sainte. Le pélerin en suit les méandres à genoux. "Le labyrinthe doit à la fois permettre l'accès au centre par une sorte de voyage initiatique, et l'interdire à ceux qui ne sont pas qualifiés. En ce sens, on a rapproché le labyrinthe du mandala, qui comporte d'ailleurs parfois un aspect labyrinthique."(3)
    Qu'est-ce qu'un mandala?
    La réponse plus loin, vers l'est. En Inde, au Tibet puis dans tout l'extrême orient, le mandala repose sur une tradition millénaire. En sanskrit, le terme signifie cercle. Généralement, ce cercle se trouve inscrit dans un carré. Enrichi d'une foule de détails, il offre à la méditation une symbolique particulièrement riche. Au premier niveau, image d'un temple, il représente aussi le macrocosme et le microcosme, le monde et l'être. Selon les enseignements tantriques,  sa contemplation conduirait  même à l'illumination.
    A l'autre bout du monde, il est figure chamanique des indiens Navajos, ou  représentation solaire des précolombiens. De l'équateur aux pôles, d'orient en occident, le mandala dans un sens large peut donc se définir comme un schème(4), désignant ainsi  des figures circulaires peintes, dessinées, sculptées, voire dansées...
    Percevant  une forme commune à l'humanité, au delà du temps, au delà de l'espace, la question se pose alors de savoir quelle importance peut être attribué à sa représentation. Simple décoration - universelle par hasard- ou actualisation d'une nécessité intérieure?...

1.Painton Cowen. Les roses médiévales, SEUIL
2.Bishr Fares. Essai sur l'esprit de la décoration islamique, Le Caire 1952
3.Chevalier-Gheerbrant. Dictionnaire des Symboles. LAFFONT
4.Le mot est employé dans sa définition artistique: "Forme ou ensemble de formes qui fait le style."(C.Reyt,le musée de classe, une ouverture sur l'imaginaire, Armand Colin p.50)