Une hypothèse

 

mandala circulairePourquoi les mandalas dans toutes leurs formes et variantes présentent-ils une telle universalité? A la recherche d'une explication, force est de constater que la quasi totalité des écrits - livres ou sites - ne traitent que des bienfaits constatés qu'apportent la réalisation ou la contemplation de mandalas ou de leur rôle dans le développement psychologique.

Mais pourquoi CETTE forme précisément, et pas une autre, provoque-t-elle cet effet?

Nulle part nous n'avons trouvé de réponse.

Pour qu'un cercle centré - la base du mandala - ait une telle résonance sur l'ensemble de l'humanité, il doit exister un dénominateur commun qui permettrait de comprendre l'effet équilibrant de cette forme pour la plupart des individus dans la grande majorité des communautés humaines.

Une hypothèse est donc avancée dans les lignes qui suivent.

Quel est l'évènement commun à chaque individu quelle que soit l'époque, quel que soit le lieu?

Quelle est l'histoire universellement partagée par tous les êtres humains?

Cette histoire, nous n'en voyons qu'une: c'est celle du début de la vie, celle de la naissance. Le moment où l'enfant quitte l'univers sécurisé de la matrice. Même si les perceptions sensorielles qu'il captait pouvaient parfois le stresser, il flottait en apesanteur dans un univers homogène, à chaleur constante, rassurant.

Un univers prénatal commun à toute l'humanité.

A l'instant de la naissance, le filtre du ventre maternel disparaît et le nouveau-né se trouve insécurisé par une multitude de stimulations fortes - sonores, visuelles, tactiles... - qui peuvent être perçues comme autant d'agressions. Selon Mélanie Klein, le nourrisson, dans les premiers mois de sa vie, ressent une angoisse persécutive, paranoïde et de morcellement.

Cette angoisse est d'origine extérieure, comme nous venons de le voir, mais aussi intérieure. L'enfant, en effet, commence un travail psychologique qui lui permettra de construire l'image qu'il se fait de lui-même et d'autrui . "La première représentation que l'enfant a du monde extérieur est le sein maternel, qui nourrit, c'est-à-dire apaise la sensation désagréable de faim et sécurise."(1) Les moments d'allaitement lui procurent des moments de satisfaction intenses. "La mère, le sein et le monde extérieur ne font qu'un. L'enfant en acceptant le sein incorpore le monde extérieur."(1) Il s'attache progressivement à la source de plaisir et de bien-être qu'est le sein maternel. Ces moments de bien-être peuvent éveiller en lui l'écho du temps plus heureux encore où il vivait protégé à l'intérieur de la matrice dans un état de non-manque. Ainsi, le sein maternel symbolise pour lui à la fois l'équilibre du moment par la satisfaction du besoin nutritif rassasié mais aussi le rappel d'un état antérieur de plénitude. L'aréole du sein maternel, en tant que symbole, cible vitale à atteindre pour sa survie, si indispensable à sa plénitude est donc gravée en lui à jamais. Et quelle est cette image? Celle d'un cercle centré. Le premier mandala de l'humanité, un symbole commun à toute l'humanité.

On le voit donc, l'image du sein maternel, dans les premiers mois de la vie joue un rôle central dans le développement psychologique de l'individu. Mais, au-delà, il est une autre dimension qui est abordée dans la psychologie de Jung. C'est celle d'inconscient collectif et d'archétype. Ici, l'image du sein maternel, cercle centré, va se retrouver à un autre niveau: l'image de la mère entre en résonance avec "la Mère", la Déesse Mère. En tant qu'archétype, elle ne relève plus de l'expérience propre de l'individu, mais de son héritage sociétal. La Déesse Mère, élément de l'anima, constitue alors un des éléments du processus d'individuation, notion définie par Jung, mais déjà présente dans l'entéléchie d'Aristote selon laquelle, "par ce principe, tout individué, inorganique ou organique, tend à réaliser la perfection de sa nature." (2) .

Une fois posés d'une part l'importance du triange nourrisson/mère/sein dans le stade oral du nouveau-né et d'autre part la mise en évidence du rôle des mandalas dans le processus d'individuation chez Jung, il ne nous semble pas absurde, dès lors, de poser l'hypothèse que l'image du cercle centré, symbole de ce processus qui vise l'équilibre et l'épanouissement de l'individu.(3), soit un rappel en chaque être humain de l'image du sein maternel.

Il reste que le lien explicite entre l'image du sein maternel et la notion de mandala originel n'a, à notre connaissance, jamais été explicitement défini. L'hypothèse ici formulée doit donc être prise en tant que telle. ... Et toute information pouvant confirmer ou infirmer cette idée sera la bienvenue.

 


 

(1) Manuel d'initiation à la psychologie à l'usage des éducateurs africains. Timothée Ngakoutou. L'Harmattan (2006)

(2) encyclopedia universalis

(3) "Comme on le sait, l'inconscient produit au cours de la confrontation dialectique certaines représentations du but. (...) Il s'agit surtout de figures à caractère de mandala, c'est-à-dire du cercle et de la quaternité. Ce sont là deux formes par lesquelles la représentation du but se trouve le plus fréquemment et le plus nettement caractérisé".  La réalité de l'âme - 1. structure et dynamique de l'inconscient - C.G. Jung - La pochothèque - Livre de poche - p.873

mandala originel